• Le président bolivien traité en malfrat ? «C’est sans précédent !»

    Le président bolivien traité en malfrat ? «C’est sans précédent !»

    Au lendemain de la crise diplomatique déclenchée par l’interdiction de vol de l’avion du président bolivien Evo Morales, les ambassadeurs de l’Alba, d’une seule voix, ont dénoncé cet acte dangereux et entravant la souveraineté de la Bolivie. Pour l’«HD», l’ambassadeur de Bolivie, Jean-Paul Guevara, revient sur cette décision sans précédent de gouvernements européens.

    HD. L’avion du président bolivien Evo Morales a été interdit de circuler dans l’espace aérien français. Les explications données par les autorités françaises vous conviennent-elles?

    Jean-Paul Guevara. La première explication qui nous a été donnée a été celle d’un problème technique, sans plus détail. Or l’avion du président Evo Morales est un avion français, un Falcon, qui marche bien et qui n’a jamais rencontré aucun problème technique. Nous ne pouvions donc pas accepter cette explication. Après avoir échangé avec différents interlocuteurs, nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il s’agissait en réalité d’une décision politique. Ce que nous dénonçons. Les autorités françaises, bien sûr, n’ont jamais évoqué l’aspect politique. Mais nous maintenons: la raison technique ne tient pas. Nous dénonçons donc l’abus commis à l’encontre de notre président, l’atteinte à sa sécurité, et surtout la violation flagrante des conventions internationales. Nous avons la certitude que certains pays européens ont réagi de cette manière, contre toute règle diplomatique, contre toute convention internationale, pour protéger des soi-disant intérêts de Washington en flagrant délit d’opinion et de solidarité vis-à-vis de notre président, Evo Morales. Cet épisode s’est produit à l’encontre de notre président en plein exercice de sa souveraineté et de sa liberté d’expression alors qu’il s’était déclaré disposé à examiner une demande d’extradition dans l’État bolivien du citoyen Snowden. Au nom de l’État plurinational de la Bolivie, nous dénonçons cette action.

    HD. Pourquoi avoir pris cette décision?

    J.-P. G. C’est une question à adresser au gouvernement français!

    HD. Evo Morales, qui s’était dit prêt à accepter Snowden, semble considéré comme un dangereux terroriste par l’UE, dont la France… Quelles seront les conséquences de cet acte dans les relations entre la Bolivie et la France? Entre l’Alba (Alliance bolivarienne pour les Amériques) et l’UE?

    J.-P. G. Le problème n’est pas terminé. Nous continuons à développer tous les contacts nécessaires et nous ne pouvons pas encore parler des conséquences finales de cette crise.

    HD. Cet événement symbolise-t-il un nouvel alignement de la France et de l’UE sur les États-Unis?

    J.-P. G. Nous le croyons. Il y a un accord entre toutes les déclarations des États membres de l’Union européenne et celles des États-Unis en ce qui concerne l’affaire Snowden. Mais en fin de compte, il semble qu’il s’agisse avant tout de faire primer les intérêts des États-Unis sur le symbole que représente le président bolivien. Ce qui n’a rien à voir avec Snowden. En outre, il n’y a pas de précédent de ce type. Jusqu’alors, dans l’histoire, aucun président n’a été empêché de voler et jamais, non plus, le permis de vol a été enlevé à un avion présidentiel après qu’il a été accordé dans un premier temps.

    HD. Cet alignement intervient au moment où est négocié un accord de libre-échange entre l’UE et les États-Unis. Considérez-vous que cet accord transatlantique correspond aussi à un alignement de l’UE sur les États-Unis.

    J.-P. G. C’est une affaire de l’UE et nous ne pouvons pas parler de cette question. Mais le problème est clairement qu’avec les informations divulguées par Snowden, le doigt est mis sur de grands problèmes dans la relation entre l’UE et les États-Unis. Je ne sais pas comment l’UE va pouvoir arranger cette affaire.

    HD. Le continent a montré son unité dans la gestion de cet événement diplomatique. À quoi est due cette unité? Quels en sont les ferments?

    J.-P. G. En fait, le problème n’est pas seulement une offense faite au président Evo Morales. C’est un problème avec les lois internationales dans leur ensemble. C’est pourquoi l’Amérique latine a réagi d’un seul corps pour demander des explications et dire clairement que la décision était contraire aux règles internationales. Pour dire que c’est une politique autoritaire qui ressemble à une politique de l’époque coloniale. D’ailleurs, à l’issue de la réunion du Mercosur, le 4juillet, nous avons publié une déclaration demandant des explications et des excuses ainsi que le respect permanent des lois internationales.

    HD. N’y a-t-il pas, en ce moment, un basculement où l’Europe, censée être le continent des droits de l’homme, est doublée sur ce thème par les pays sud-américains (Snowden, J.Assange, Paraguay…)? En Amérique latine, sentez-vous aussi l’Europe moins respectueuse des droits de l’homme?

    J.-P. G. Oui. Et c’est très bizarre. Le pays des droits de l’homme, c’est la France. Et c’est ici qu’est prise une décision et menée une action contraire aux droits de l’homme. L’interdiction de vol est dangereuse. Elle a même mis en danger la vie du président bolivien.

    HD. Dans le fond, est-ce la politique alternative, sociale et humaniste, développée par Evo Morales et d’autres dirigeants sud-américains, qu’on cherche à discréditer?

    J.-P. G. Il est fort possible que ce soit la visée de ce type d’action! Ce qui compte, c’est de mettre en œuvre un changement mondial. Nous allons continuer dans ce sens. Nous continuerons à dire qu’un autre monde est possible.


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